Un lieu

Notre-Dame du Haut : une histoire tourmentée


Après les bombardements de septembre 1944, quelques habitants de Ronchamp s’engagent à faire rebâtir leur chapelle, site multiséculaire de pèlerinage marial. On écarte en effet la simple restauration de la chapelle néo-gothique qui a pourtant l’affection des Ronchampois. Ainsi, la Commission d’Art Sacrée est partie prenante pour son entière reconstruction – dans la mouvance de la réflexion fondamentale sur l’art sacré après-guerre menée par des personnalités telles que les Pères Couturier et Régamey. Le Corbusier est vite l’architecte qui semble convenir. Ce dernier a eu en effet quelques temps auparavant une mauvaise expérience à la Sainte-Baume qui ne l’encourage pas à accepter si facilement.


Cependant, par l’intermédiaire de Maurice Jardot, François Mathey et Lucien Ledeur, membres de la Commission d’Art Sacré, arrivent à l’en convaincre. Le Corbusier est rapidement séduit par le site, son ouverture géographique et son nom symbolique. Pourtant, et bien que d’éducation protestante, Le Corbusier est agnostique et la théologie mariale ne lui parle guère. L’autre obstacle demeure purement financier.


On décide alors de former une société immobilière pour apporter les fonds nécessaires à la réalisation du nouvel édifice. L’argent rassembler – les lendemains de guerre sont rarement florissant -, une difficulté est encore à surmonter : persuader l’Eglise du bien fondé de pareille architecture atypique. Le projet est alors ardemment soutenu auprès du Diocèse de Besançon, par les abbés Lucien Ledeur et Marcel Ferry et par l’Evêque lui-même, Msg Dubourg . A la manière de l’équipage d’un grand navire, tous se mettent à défendre la nouvelle chapelle. Les entreprises locales collaborent efficacement et Maisonnier, détaché de l’agence de Le Corbusier, Bona, ses ouvriers et le grand architecte lui-même ne comptent par leur temps.


Entre la présentation des maquettes, en 1950, la bénédiction de la première pierre, en janvier 1953, et l’inauguration, le 25 juin 1955, cinq années passent.


Ce jour là, Le Corbusier remet la chapelle à l’Archevêque de Besançon en lui précisant :


"Excellence, En bâtissant cette chapelle, j’ai voulu créer un lieu de silence, de prière, de paix, de joie intérieure. Le sentiment du sacré anima notre effort. Des choses sont sacrées, d’autres ne le sont pas, qu’elles soient religieuses ou non. Nos ouvriers et Bona, le contremaître, Maisonnier de mon atelier, 35, rue de Sèvres ; les ingénieurset les calculateurs, d’autres ouvriers et des entreprises, des administrateurs, Savina, ont été les réalisateurs de cette œuvre difficile, minutieuse, rude, forte dans les moyens mis ne œuvre, mais sensible, mais animée d’une mathématique totale créatrice de l’espace indicible. Quelques signes dispersés, et quelques mots écrits, disent la louange à la Vierge. La croix – la croix vraie du supplice – est installée dans cette arche ; le drame chrétien a désormais pris possession du lieu. Excellence, je vous remets cette chapelle de béton loyal, pétrie de témérité peut-être, de courage certainement, avec l’espoir qu’elle trouvera en vous comme en ceux qui monteront sur la colline, un écho à ce que nous y avons inscrit."


Depuis, la société immobilière s’est transformée en association loi 1901 ; c’est elle qui s’occupe de gérer le site de la Chapelle Notre-Dame du Haut, qui accueille chaque année près de 80 000 visiteurs.

 
Dernière modification : 17/06/2008
 
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